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La véritable souveraineté numérique repose sur la conception des systèmes, pas sur les frontières

By Deb Pimentel | présidente d’IBM Canada
avril 07, 2026

Récemment, j’ai constaté que le débat au Canada sur la souveraineté numérique se concentre principalement sur les frontières. Il porte sur l’endroit où le code est écrit, où les données sont stockées et sur le caractère national ou non des solutions déployées. Bien que ces facteurs soient importants, ils ne constituent pas, à eux seuls, le fondement d’une véritable indépendance.

La souveraineté numérique ne se définit pas uniquement par la géographie, mais par la gouvernance. Cela inclut la question de savoir qui gère la technologie, qui y a accès et dans quelles conditions. Le danger d’une approche axée uniquement sur les frontières est qu’elle peut créer un faux sentiment de sécurité, tout en limitant l’accès du Canada à l’innovation nécessaire pour demeurer concurrentiel sur la scène mondiale.

Dans mon travail au sein de l’écosystème technologique canadien, j’ai vu la souveraineté numérique s’imposer au cœur des débats. Or, le contexte évolue rapidement, alors que les systèmes infonuagiques et l’intelligence artificielle sont de plus en plus intégrés aux services publics, aux infrastructures économiques et à la sécurité nationale. Cela rehausse considérablement les enjeux liés à la gouvernance de ces technologies et pose une question essentielle : comment construire une infrastructure capable d’évoluer au rythme des besoins du Canada?

Aucun pays ne peut se permettre de développer de manière autonome une pile technologique entièrement nouvelle. Toutefois, les gouvernements et les organisations commerciales doivent exercer un contrôle souverain sur leurs propres données et infrastructures. Dans un contexte d’évolution technologique rapide, la solution réside dans la conception de systèmes ouverts, interopérables et flexibles. Il appartient aux décideurs publics, aux dirigeants du secteur public et aux leaders d’entreprise de faire de ces principes la base même de la sélection, de l’utilisation et de la réglementation des technologies — et non une réflexion a posteriori.

Le gouvernement du Canada établit déjà une norme plus ambitieuse. La politique fédérale définit la souveraineté numérique comme la capacité de gouverner, de sécuriser et d’orienter les systèmes numériques, peu importe l’endroit où la technologie est développée ou hébergée. L’accent est mis sur la résilience opérationnelle, l’intégrité des systèmes et le contrôle institutionnel, plutôt que sur des frontières artificielles. Elle reconnaît qu’une autonomie totale n’est ni réaliste ni souhaitable dans un monde interconnecté à l’échelle mondiale. Elle accepte que le Canada continue de s’appuyer sur une combinaison d’expertise nationale et de technologies mondiales de confiance. Je n’y vois pas un compromis, mais plutôt une approche pragmatique et tournée vers l’avenir pour un pays qui exerce une concurrence internationale et qui bâtit sa force grâce à des partenariats mondiaux.

Cette vision plus large de la souveraineté numérique, axée d’abord sur la gouvernance, reflète la façon dont moi-même — et d’autres leaders technologiques canadiens — concevons notre rôle. Le Canada abrite des talents de calibre mondial en recherche, en ingénierie et en innovation. Celles et ceux d’entre nous qui dirigent des opérations à l’échelle nationale comprennent que la souveraineté doit, en fin de compte, servir les priorités canadiennes. Nous vivons et travaillons ici. Nos équipes, nos clients et nos partenaires y sont établis. Nous voulons que le Canada soit un chef de file, mais le leadership ne s’obtient pas en restreignant les options. Il découle de la capacité à offrir aux organisations le contrôle, la flexibilité et les outils nécessaires pour façonner leur avenir numérique.

Cette perspective découle directement des questions urgentes et concrètes auxquelles les organisations canadiennes sont confrontées chaque jour : qui a accès à nos données et à quelles conditions? Sommes-nous en mesure de vérifier les décisions prises par nos systèmes d’IA? Avons-nous la capacité de changer rapidement de cap au besoin? Voilà les véritables critères de la souveraineté — et ils ne peuvent être évalués uniquement en fonction de l’emplacement des données.

La véritable souveraineté numérique se construit par la conception des systèmes. Elle nécessite la maîtrise des clés de chiffrement et une gouvernance robuste tout au long du cycle de vie de l’IA. Elle implique également l’absence de dépendance excessive à un fournisseur unique et l’adoption d’architectures ouvertes et interopérables. Ensemble, ces capacités donnent aux institutions canadiennes le pouvoir d’évoluer et d’innover sans compromettre leur autonomie.

Le Canada possède l’expertise, le talent et l’ambition nécessaires pour définir un modèle moderne de souveraineté numérique qui reflète ses valeurs nationales tout en demeurant concurrentiel à l’échelle mondiale. Toutefois, ce leadership ne s’imposera pas de lui-même. Partout dans le monde, les gouvernements et les institutions agissent rapidement pour intégrer la transparence et le choix au cœur de leurs cadres numériques. Si le Canada tarde à agir, les conséquences seront bien réelles : une résilience amoindrie, une innovation limitée et une influence réduite sur l’évolution des technologies qui soutiennent notre économie et nos services publics.

C’est le débat que le Canada doit mener dès maintenant, au sein des gouvernements, de l’industrie et de l’ensemble de l’écosystème. La construction d’une véritable souveraineté numérique exige une collaboration étroite entre les décideurs et les praticiens qui comprennent le fonctionnement concret des systèmes numériques. Chez IBM, nous en faisons l’expérience chaque jour dans notre travail auprès des institutions canadiennes, et nous sommes convaincus qu’une approche axée sur la gouvernance offre une voie pragmatique et tournée vers l’avenir. Les décisions prises au cours des prochains mois façonneront l’autonomie numérique du Canada pour les décennies à venir. Nous avons l’occasion non seulement de participer à l’innovation mondiale, mais d’en être les leaders.

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